Me trouvant dans la province du Sichuan au moment du séisme de mai dernier, j’ai souhaité vous faire part de mon expérience de première main.
Dimanche, je me suis rendu à Chengdu pour qu’un accord de partenariat soit signé entre la Croix-Rouge et mon ONG, l’Association Dorjé, dans le but de construire des dispensaires ruraux dans la province du Sichuan. Sa capitale, Chengdu, se situe à environ 70 km de l’épicentre du séisme qui a eu lieu lundi. Vous pourrez connaître l’impact du séisme en consultant l’excellente carte disponible à l’adresse suivante :
http://www.nytimes.com/interactive/2008/05/12/world/05132008_CHINA_MAP.html.
Au moment du séisme, j’étais avec la directrice et les autres principaux responsables de la Croix-Rouge du Sichuan. Le bâtiment a tremblé, les murs se sont fissurés et du plâtre est tombé du plafond. La plupart des membres de la Croix-Rouge sont sortis du bâtiment en courant. Pour ne pas être blessés par les débris qui tombaient, trois d'entre nous sommes abrités dans l'embrasure de la porte. J'avais remarqué qu'il s'agissait d'un mur porteur épais et, de par sa structure, de l’endroit le plus sûr pour se protéger. Lorsque le premier tremblement s’est atténué, nous sommes sortis pour attendre la réplique, qui a eu lieu quelques minutes plus tard. Lorsqu’elle a pris fin, les principaux responsables et la directrice de la Croix-Rouge se sont précipités vers une voiture. Ils devaient se réunir avec le gouvernement pour préparer le secours aux sinistrés. Les autres membres du personnel se sont réunis autour du bâtiment pour attendre.
Après avoir patienté près de deux heures, mes collègues et moi avons décidé de nous rendre à un monastère situé dans les environs. Les rues étaient remplies de personnes qui installaient des campements. L’atmosphère était relativement calme (pour la Chine) et sereine. Les gens jouaient aux cartes, discutaient ou attendaient patiemment qu’un autre tremblement violent se fasse sentir. Le monastère était très paisible et peu peuplé. Nous nous sommes assis dans un petit salon à l’intérieur, avons échangé avec les gens qui s’y trouvaient et écouté les moines réciter des prières ou les informations à la radio. Des personnes qui vivaient au-dessus du 7e étage racontaient que tout ce qui était accroché au mur était tombé, même les bibliothèques et les appareils de climatisation.
Le gouvernement a demandé à la population de se préparer à une forte réplique entre 22 h et minuit. Celle-ci ne se faisant pas sentir, un message radio a recommandé à chacun de regagner sa maison. J’ai quitté le monastère à 2 h du matin pour rentrer à mon hôtel à pied. Le parc et les trottoirs s'étaient considérablement dégagés. Il ne restait que quelques groupes de personnes qui passaient la nuit dehors, la majorité dormant sur les trottoirs (voir photos).
À 4 h du matin, une forte réplique m’a tiré de mon sommeil, mais elle n’a pas duré, de même pour une autre secousse, ressentie à 7 h. Dès 9 h, nous étions de nouveau à la Croix-Rouge, dans le bureau de la personne responsable de la collecte des dons. Son téléphone portable et celui de son bureau sonnaient sans arrêt, et des représentants de différents groupes de secours entraient et sortaient de la pièce. À l’étage en dessous se trouvait l’équipe de secours aux sinistrés. L’activité y était bouillonnante, les téléphones sonnaient sans cesse et les gens parlaient fort.
En début d'après-midi, la directrice est arrivée, vêtue de la même façon que la veille. Elle n’avait pas dormi de la nuit et revenait tout juste de Dujiayan, l’épicentre du séisme. Comme les autres principaux responsables de la Croix-Rouge, elle était d’une politesse incroyable, s’excusant constamment de ne pas pouvoir nous recevoir car elle était trop occupée par les opérations de secours. Nous avons cependant réussi à poursuivre les négociations au milieu de cette activité incessante et à signer le contrat.
De mon poste d’observation dans l’un des centres de secours, j’ai pu remarquer que la réaction du gouvernement était très impressionnante. En quelques heures, des milliers de troupes militaires ont été envoyées sur le terrain pour sortir les gens des décombres. Des postes de secours ont été installés dans nombre des zones les plus touchées et soignaient tous les blessés. Le premier ministre Wen Jiabao se trouvait sur les lieux de l’épicentre huit heures après le séisme et y était toujours mercredi, lorsque je suis rentré à Pékin. Les informations télévisées nous montraient des équipes qui travaillaient sur le terrain sans relâche pour dégager toutes les personnes qu’elles pouvaient des bâtiments effondrés. Toute la nuit, les ambulances ont fait de constants allers et retours entre les zones sinistrées et les hôpitaux de Chengdu pour secourir les personnes les plus blessées.
Je me suis entretenu avec une amie bénévole dans l’un des principaux hôpitaux de Chengdu. Elle a constaté que le flux des ambulances avait commencé à ralentir mardi après-midi, la plupart des blessés ayant été évacués. Dans les aéroports et les gares, les téléphones publics ont été rendus gratuits pour que les gens puissent appeler chez eux et rassurer leurs proches. À Chengdu, les appels interurbains depuis un téléphone portable seraient eux aussi gratuits. Dans cette région, le fonctionnement des péages des autoroutes a été suspendu pour que les véhicules circulent plus rapidement. Tandis que mon avion roulait lentement sur la piste, nous avons dépassé deux gigantesques avions remplis de personnel médical et un autre avion-cargo déversant de nouveaux militaires. Les informations de mercredi matin rapportaient que plus de 200 trains transportant des équipes de secours, des médicaments et des fournitures devaient gagner les zones sinistrées sous 24 heures. Plus de 100 troupes de secours ont été envoyées par hélicoptère dans les dernières zones que des glissements de terrain avaient rendues totalement accessibles par la route. Comme je l’ai déjà mentionné, les efforts fournis sont très impressionnants. Je pense que les États-Unis ont beaucoup à apprendre de la Chine, notamment après le fiasco associé à l’ouragan Katrina.
Je dois cependant préciser qu’en règle générale, les gens étaient toujours très inquiets à Chengdu mardi. Un collègue retourné au monastère a raconté que cela ressemblait à un camp de réfugiés, que des gens s'étaient installés dans les moindres recoins. Lors des derniers séismes violents en Chine, dans les années 1970, les habitants des villes ont dû rejoindre les zones rurales pendant 2 à 3 mois, sans savoir ce qui allait se passer ensuite. Des mesures moins drastiques seront sans doute nécessaires cette fois, mais chacun doit encore s’adapter à cette nouvelle réalité. Je suis intimement convaincu que cet événement et la réaction forte et proactive du gouvernement auront un effet stimulant sur les mentalités et que cela soudera le pays. Si l’on ajoute à cela la grande fierté nationale qui entoure les Jeux Olympiques, et si elle est bien gérée, cette situation peut apporter à la Chine des avantages à long terme.
Il est facile pour les médias occidentaux de blâmer la Chine. Je constate cependant que de véritables efforts sont fournis ici pour améliorer les conditions. Les dirigeants nationaux actuels sont parfaitement conscients des problèmes auxquels le pays est confronté et effectuent des avancées considérables pour y faire face. La pression internationale est efficace, tout comme l’est la pression interne, provenant des citoyens chinois. La principale difficulté liée au changement est de l'accomplir au niveau local, où les intérêts sont très établis. On entend souvent que l’évolution est trop lente, mais au cours des sept années que j’ai passées en Chine, elle a tout simplement été remarquable.
En ce qui concerne la Croix-Rouge, sa mission en Chine est identique à celle qu’elle conduit partout ailleurs dans le monde et elle est prise très au sérieux par le gouvernement. Chaque bureau du ministère de la santé chinois compte un représentant de la Croix-rouge, le but étant de s’assurer que les efforts de l’organisation sont pleinement intégrés à ceux du ministère. L’accord que Dorjé a conclu avec la Croix-Rouge lui confère une crédibilité instantanée et lui fait gagner un partenaire puissant dans un pays où les alliances solides sont garantes d’un succès à long terme.
Lors d’une discussion informelle le lundi précédant le tremblement de terre, la directrice et les autres principaux responsables de la Croix-Rouge nous ont parlé de la situation au Myanmar. Peut-être sous la pression internationale, son gouvernement a uniquement autorisé la Croix-Rouge de Chine, Macao et Hong Kong à l'assister dans le secours aux sinistrés. Je n'ai pas encore vu cet élément mentionné dans les médias. En Chine, le gouvernement a invité les organismes d’aide étrangers à faire des dons, mais à ne pas venir sur place. Contrairement au Myanmar, je pense que la Chine a réagi ainsi car elle dispose déjà de l’infrastructure nécessaire et qu’elle peut véritablement gérer la situation seule. Cela ne signifie pas que les organismes d’aides étrangers ne sont d’aucune utilité sur place pour faire face aux conséquences du séisme. Mardi, j’ai rencontré le directeur de l’organisme Heart to Heart dans les bureaux de la Croix-Rouge. Cela fait plus de dix ans que cette structure collabore avec le gouvernement chinois.
James
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